La dimension interactive du dictionnaire d’agroécologie est essentielle

12/11/2019 | Actions scientifiques

Benoît Dedieu, responsable du département SAD-INRAE

Les scientifiques du département de l’Inra « Sciences pour l’Action et le Développement » concernés par les concepts de l’agroécologie sont nombreux… Répartis dans différentes équipes, de plusieurs zones géographiques de France, ils étudient différents contextes d’agroécologie. D’après Benoit Dedieu, directeur de ce département, l’une des vertus du dictionnaire d’agroécologie « c’est qu’il se prête à la mise en commun de ces différentes recherches et de ces différents contextes. Il permet d’ouvrir un débat entre chercheurs !« 

Benoit Dedieu est le responsable du département « Sciences pour l’Action et le Développement » de l’Inra. L’un des axes de développement du département (appelé « priorité scientifique du département ») est « l’agroécologie pour l’action » : il permet de soutenir, par des moyens financiers et humains, des actions d’ordre scientifique ou de valorisation des travaux de la recherche autour de la transition agroécologique. Le dictionnaire d’agroécologie en fait partie.

Pourquoi soutenez-vous le dictionnaire d’agroécologie ?

Le dictionnaire d’agroécologie (dicoAE) a d’abord été conçu, en 2015-2016, comme une façon de valoriser la connaissance des chercheurs autour de l’agroécologie. De racine toulousaine et aux vues de ses objectifs, ce dictionnaire a été naturellement rattaché au projet ATA-RI du programme PSDR4 Occitanie. Au niveau national, il s’intègre aussi tout à fait dans la priorité scientifique « l’agroécologie pour l’action » développée par le département SAD.

Grace à l’action de Véronique Batifol, qui le pilote, il a depuis énormément évolué, non seulement dans sa construction mais aussi dans sa diffusion :

– Il a permis d’intégrer le travail d’étudiants ingénieurs en agronomie (École d’Ingénieurs de Purpan  / ENSAT) dans la construction des définitions, ainsi que l’apport des étudiants de l’Ecole Nationale Supérieure d’Audiovisuel (ENSAV) dans la réalisation des vidéos. Cette dimension, de se baser sur les apports d’étudiants en plus de celui des chercheurs, est l’une des originalités et forces du dicoAE : elle ouvre les réflexions et discussions à de nouveaux points de vue.

– La question de l’agroécologie relève du milieu professionnel agricole, du système d’innovation (agriculteurs, conseillers agricoles, filières agroalimentaires, recherche, enseignement) mais elle touche aussi des questions de société : impact des pratiques intensives, retour à la nature, enjeux de santé humaine, liés aux façons de produire et de transformer. La réussite du dicoAE, c’est qu’il rend les concepts de l’agroécologie accessibles à d’autres publics que les chercheurs et acteurs du monde agricole : grâce au côté synthétique des définitions ainsi qu’à l’ajout des vidéos, qui en facilitent encore plus la compréhension, tout le monde peut bénéficier de cette ressource !  

– Enfin, il est devenu de plus en plus interactif, notamment avec la possibilité pour les internautes de réagir et participer aux définitions par l’ajout de commentaires. Cette dimension est essentielle. Moi, par exemple, en tant que zootechnicien, j’aurai des remarques à faire sur la définition « Rusticité des races », car même si rien n’est faux dans ce qui y est aujourd’hui écrit, j’aimerais y ajouter certains points, de ma vision de ce terme. J’en ai la possibilité, la définition n’est pas figée : c’est à moi de jouer !

Ces évolutions, en cohérence avec les objectifs du département SAD et la dynamique qui entoure cette ressource, nous incitent à poursuivre notre soutien à ce dictionnaire d’agroécologie. »

Qu’apporte le dictionnaire au département « Sciences pour l’Action et le Développement »?

L’agroécologie est un domaine large de préoccupations et de transformations à négocier. Par exemple, l’« agriculture de précision » : bien que cela ne soit pas une re-conception de systèmes, ça fait aussi partie du débat, du domaine de l’agroécologie !

Dans le département, plusieurs équipes de recherche étudient différents contextes liés à l’agroécologie en lien avec plusieurs zones géographiques de France (et du monde). Le dicoAE a une grande vertu : c’est qu’il se prête à la mise en commun de ces différentes recherches et de ces différents contextes. Il apporte des débats entre chercheurs et autres contributeurs aux définitions et permet de mettre en valeur des concepts rattachés à l’agroécologie, qui concernent beaucoup de chercheurs du département !

Quelles perspectives d’évolution voyez-vous à cette ressource ?

« L’agroécologie comprend une dimension autour des « systèmes alimentaires ». Le dictionnaire d’agroécologie propose déjà les définitions de « systèmes alimentaires territorialisés », « relocalisation de l’agriculture »… il pourrait aller encore plus loin dans cette dimension en proposant des définitions qui touchent aux enjeux sanitaires, aux circuits courts, aux enjeux de la transformation (comme par exemple, la définition du « minimal processing »), aux liens entre une production plus naturelle et la consommation. Il pourrait ainsi intégrer la contribution de nouveaux acteurs tels que des technologues de la transformation alimentaire et des nutritionnistes, et ouvrir sur les questions qu’ils se posent.

Un point majeur est de continuer à diffuser largement cette ressource auprès des différents publics qui peuvent s’en saisir : acteurs de la recherche, du développement agricole mais aussi d’organisations représentants la société civile (ONG, associations…) ou encore certains restaurateurs et entreprises, qui commencent à se saisir des enjeux d’environnement et de santé en lien avec l’agroécologie.

Nous espérons en tous cas que cette ressource fera partie intégrante de l’évolution des orientations à venir du département SAD !

À lire dans la même catégorie