Autonomie dans les systèmes agricoles

Date de la dernière mise à jour : 27/06/2017

Autonomie dans les systèmes agricoles

Date de la dernière mise à jour :

Équivalent(s) étranger(s) :

Autonomy in agricultural systems (en); Autonomía en los sistemas agrícolas (es); Autonomie in landwirtschaftlichen systemen (de)

Réalisation Léa-Nunzia Corrieras, ENSAV, 2018

L’autonomie se définit comme la capacité d’un acteur et/ou d’un système à gérer ses dépendances par rapport à l’extérieur. Ce concept renvoie aux marges de manœuvre et interactions d’un acteur et/ou d’un système par rapport à son environnement. Dans les systèmes agricoles, l’autonomie est souvent abordée à l’échelle de l’exploitation agricole. Elle interroge la dépendance aux ressources externes du système (semences, engrais, aliments du bétail, mais aussi technologies, …). Au cours des dernières décennies, l’intensification des systèmes agricoles s’est traduite par une perte d’autonomie liée à l’augmentation de la productivité, la spécialisation et la taille des exploitations agricoles. L’agroécologie propose de remettre l’autonomie au cœur des systèmes, comme valeur fondatrice et comme levier pour l’action en favorisant les échanges internes. Un système agroécologique est moins dépendant d’intrants et d’échanges externes car il mobilise la diversité biologique et les processus naturels. Différentes formes d’autonomie (alimentaire, financière, décisionnelle, …) peuvent être envisagées à différents niveaux d’organisation. Nous présentons deux exemples d’autonomie technique et socio-économique.

En agroécologie, d’un point de vue technique, l’autonomie alimentaire du troupeau occupe une place prépondérante dans la gestion du système. L’enjeu est de concevoir des systèmes d’alimentation basés sur les ressources produites localement. L’autonomie alimentaire du troupeau est un moyen de redonner à l’agriculteur des marges de manœuvre par rapport aux intrants. Elle peut se raisonner à l’échelle de l’exploitation agricole mais également à l’échelle de petits territoires là où s’organisent des échanges de matières entre agriculteurs.

En agroécologie, d’un point de vue socio-économique, l’autonomie est revendiquée comme une valeur fondatrice pour certains agriculteurs qui cherchent à s’affranchir du rôle prédominant des acteurs para-agricoles (banques, industries, recherche, …). Il s’agit de valoriser les ressources locales disponibles pour recréer d’autres systèmes d’échanges entre acteurs partageant des valeurs communes. Cette vision de l’autonomie plus politique porte une conception de l’agriculture devant rester aux mains des agriculteurs. Envisagée à l’échelle du territoire, elle associe producteurs et citoyens-consommateurs pour la construction de systèmes agro-alimentaires locaux.

Crédit photo : Léa-Nunzia Corrieras, ENSAV 2018

Références à explorer

Autonomie
Dictionnaire Larousse. Définition autonomie. En ligne, consultée le 27 juin 2017.

Réseau de l’agriculture paysanne (FADEAR). Autonomie. En ligne, consultée le 27 juin 2017.

Autonomie Alimentaire des élevages
Réseau de l’agriculture paysanne (FADEAR). L’autonomie alimentaire en élevage. En ligne, consultée le 27 juin 2017.

Thénard V., Pagès Y., Delmas B., Choisis J-P., Magne M-A. 2014. Une démarche participative de Diagnostic d’Autonomie pour une re-Conception Agroécologique des élevages de Ruminants (DACAR). Rencontres Recherches Ruminants, 2014, 21, pp123-123.

Thénard V., Charmeau A., Triboulet P., Martin G., Ryschawy J. 2016. Enjeux et échelles pertinentes pour développer l’autonomie alimentaire de systèmes d’élevage plus agroécologiques. Rencontres Recherches Ruminants, 2016, 23, pp105-108. :

 Autonomie et Transition 
P.M. Stassart, Baret Ph., Grégoire J-Cl., Hance Th., Mormont M., Reheul D., Stilmant D., Vanloqueren G., Visser M. 2012. L’agroécologie : trajectoire et potentiel – Pour une transition vers des systèmes alimentaires durables. «Agroécologie entre pratiques et sciences sociales». D.Van Dam, J. Nizet, M. Streith et P.M. Stassart (eds.). Educagri éditions, collection Repères.

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Les échanges autour de la définition :

  • C

    Casabianca François

    Erreur conceptuelle dans la définition.
    L’autonomie n’est pas une capacité d’indépendance comme il est affirmé dans votre définition. L’autonomie est bien une capacité à gérer ses dépendances. ce point est d’ailleurs exprimé dans la vidéo un plus avant dans les explications. Sinon, cela reviendrait à confondre autonomie et indépendance (ce qu’en tant que Corse, je ne saurais cautionner).
    Ainsi, être autonome ne signifie pas qu’on n’a plus aucune dépendance. Cela signifie qu’on a encore des dépendances mais qu’on peut les gérer sans se laisser s’imposer des choix qui mettraient en dépendance accrue alors qu’on ne le souhaite pas.
    Et renforcer l’autonomie devient alors une dynamique qui vise, non à supprimer toute dépendance, mais à accroître la capacité à les gérer. Par exemple, on peut stimuler des liens de proximité pour s’approvisionner en intrants, qui vont accroître une autonomie de zone (acheter des aliments protéiques à des voisins plutôt que sur le marché mondial) sans chercher à éliminer toute dépendance sur les intrants. Le même raisonnement peut se tenir sur les semences paysannes, ou sur la participation à un schéma de sélection d’une race locale.
    Si vous souhaitez ouvrir un débat sur ce thème, je suis disponible.

    • V

      vgarandel

      Bonjour François,
      Merci pour ce commentaire que je transmets aux auteurs de la définition.
      Bien à toi
      véronique

    • V

      vgarandel

      Bonjour François,
      Voici la réponse des auteurs de la définition à ton commentaire.
      Bien à toi
      Véronique

      Bonjour François,

      Nous te remercions pour ton commentaire critique très pertinent. Nous sommes largement d’accord avec ta remarque qui correspond au message que nous voulons faire passer pour cette définition.
      En ce sens, notre première phrase est effectivement doublement malheureuse.
      D’une part, le terme indépendance n’est pas bienvenu car effectivement, dans le champ politique les termes autonomie et indépendance ont des acceptions bien précises et différentes. Nous avions utilisé initialement non-dépendance qui était moins « polémique ».
      D’autre part, tu as raison de souligner qu’il faut mettre en avant la notion de capacité à gérer ses dépendances qui est beaucoup plus pertinente et qui correspond bien à tout ce qui est mis ensuite en avant dans le définition, notamment dès la deuxième phrase avec les marges de manœuvre et interactions d’un acteur avec son environnement.
      Aussi, nous proposons de modifier la première phrase comme suit : L’autonomie se définit comme la capacité d’un acteur et/ou d’un système à gérer ses dépendances par rapport à l’extérieur.
      Merci donc pour ton commentaire et à ta disposition pour continuer à échanger si tu le souhaites.
      Pierre Triboulet